Troubles des conduites chez l’enfant et l’adolescent. Expertise collective
Institut national de la santé et de la recherche médicale.

Éditions INSERM (101, rue de Tolbiac,75013 Paris), 2005, 428 p.

Voilà donc cet ouvrage qui fit grand bruit lorsque des quotidiens se crurent autorisés à en faire état en privilégiant certaines positions.
En réalité, il s’agit des travaux d’un groupe d’experts qui répondaient aux questions de la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs indépendants (CNAM) sur le dépistage, la prise en charge et la prévention du trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent.
S’appuyant sur toutes les données disponibles à ce jour, ce groupe a bâti une large fresque de tout ce qui se dit et se fait aujourd’hui dans ce domaine, pour permettre des choix, des complémentarités et lutter plus efficacement contre les diverses causes qui produisent les troubles en question : 428 pages denses dont nous recommandons la lecture à tous ceux qui jugent trop hâtivement ou se protègent et s’enferment dans une seule conviction. Il nous paraît dommage que, pour aller dans le sens de l’angoisse qu’éprouvent beaucoup de nos contemporains devant les comportements des jeunes « déviants », des journalistes aient cru bon de privilégier telle hypothèse par rapport à d’autres, ce qui a eu pour effet de rassurer certains, mais de troubler beaucoup d’autres.
L’ouvrage comporte d’abord une analyse des connaissances concernant ces troubles : définition, genèse, développement, facteurs tempéramentaux, facteurs génétiques, facteurs environnementaux, traitements médicaux et pharmacologiques, prises en charge psychosociale et psychothérapique, programmes de prévention. La synthèse qui s’ensuit met l’accent sur la complexité des situations et la difficulté à faire des choix radicaux sur les propositions de traitement, ainsi que sur l’élaboration d’un diagnostic.
Les recommandations sont, quant à elles, très ouvertes. Elles insistent sur la nécessité d’une meilleure information qui permette de sensibiliser les familles, les enseignants et les publics à la reconnaissance de certains signes qui devraient aider les uns et les autres à agir avant que ne se développent des comportements plus dangereux. Information générale et formations plus précises des professionnels de santé et des professionnels de l’enfance peuvent contribuer à dépister et traiter plus précocement, à condition que le diagnostic fasse l’objet de confrontations et d’échanges (parents, professionnels d’éducation, professionnels de santé...), et d’utiliser pour ce faire des outils variés. C’est dans la période pré-scolaire que ce type d’intervention est le plus efficace.
Mais ceci rejoint tout ce qui a été dit sur l’intérêt de l’école maternelle dans la mise en place de l’acceptation de soi-même et des autres, la compréhension des frustrations et la construction d’une personnalité sociale. Des traitements médicamenteux peuvent être proposés, mais ils ne sauraient suffire en tant que tels. Mais surtout, les recommandations visent à poursuivre des études et des recherches, notamment sur les liens entre les facteurs individuels et environnementaux, qui permettraient de fortifier ou d’infirmer certaines hypothèses.
Une information sur plusieurs enquêtes menées par des scientifiques et des universitaires sur des groupes d’enfants de 8 à 11 ans, mais aussi sur des échantillons de collégiens, permet d’illustrer certains indicateurs intéressants qui, regroupés, donnent du crédit à certains diagnostics, et donc facilitent une prise en charge sans attendre le passage à l’acte où s’affirme une véritable délinquance.
Si nous relions cette expertise au rapport du CSTS sur « La violence dans le champ social », nous notons un certain nombre de correspondances qui peuvent faciliter le travail des acteurs éducatifs, sanitaires et sociaux. Non, l’INSERM n’a pas dit n’importe quoi. Il fait un point d’actualisation dans les travaux en cours et ce rapport invite à aller plus avant dans l’analyse clinique pour mieux saisir les réponses à apporter.

JACQUES LADSOUS


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