Graines de théâtre
Jean-Gabriel Carasso, Coll. témoignages, Ed. Lausman, 96 pages

« Les dictateurs sont ceux qui rendent le plus grand hommage au théâtre. Ils le censure. » Peter Brook.
Le livre que Jean-Ga (permettez cette familiarité) vient d’écrire pour ses cinquante ans militants, est un livre de souvenirs élevés au rang de témoignages pour devenir des principes d’action. « Qu’est-ce que le théâtre ? » demande perfidement l’auteur à chaque page.
Graines de théâtre nous ramène du côté des jeunes spectateurs, enfants ou adolescents. Cette tribu qui a peu de références sur le théâtre des adultes, mais qui a soif de voir, la rue, les copains, les petits et les grands drames quotidiens auquelle elle est confrontée, interprétés par de vrais gens de métier. Ils trouvent parfois, dans des situations trop rares, des hommes de théâtre qui pensent que cet art est utile, indispensable au développement des filles et des garçons qui s’ouvrent à la vie culturelle.
De son propre parcours au théâtre, de « la Clairière » à son aventure auprès d’Augusto Boal, Jean-Gabriel Carasso égraine ses Graines de théâtre.
Il dénonce ce que les « oripeaux » du théâtre, la tragédie du texte, la comédie des corps ne construisent pas fatalement à l’expression dramatique qui a pour but essentiel de transmettre des émotions.
C’est où le théâtre ? Il est là où on ne l’attend pas, pour les jeunes, autour d’eux, dans la rue, à l’intérieur des drames, grands et petits qui parsèment l’univers de l’enfance. Il faut pouvoir y répondre. Je vois un autre intérêt à fréquenter Graines de Théâtre. Du fait que Jean-Ga se remémore les choses qui l’ont poussé vers cet art, il nous autorise implicitement à faire de même.
Pour moi c’est Le Soulier de Satin à la Comédie française avec Jean-Louis Barrault, Le Cid de Vilar avec Gérard Philipe et d’autres qui ont enchanté ma jeunesse. Jean-Ga nous invite à faire un retour sur nous, sur nos découvertes, sur nos amours flamboyantes. C’est un test qui mérite d’être tenté et qui aide à situer l’itinéraire de l’auteur. Parler de Graines de Théâtre sans parler de Jean-Denys Philipe auteur des dessins qui accompagnent chaque chapitre serait un manque de courtoisie. Ces illustrations, d’une facture déroutante et décontractée traduisent chaque graine avec humour. Il y a une sorte de filiation à travers le Bonhomme rouge entre Jean-Ga et Jean-Denys, deux personnages. Quant à moi, petit décorateur qui n’avais pas d’ambition théâtrale, juste pour donner un coup de main, j’ai eu plaisir à lire ces Graines.

Robert Lelarge


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