Zadkine, des mains pour créer
Marie Sellier, Éditions des Musées de la Ville de Paris

Zadkine, des mains pour créer, raconte avec simplicité la vie et l’œuvre d’un sculpteur. Il est mis en mots et en images par Marie Sellier et ses collaborateurs. Le texte se lit aisément, frappé d’une touche de poésie. Il intéresse les enfants qui peuvent le prendre pour un conte, mais aussi les adultes qui peuvent s’en servir comme biographie. Pour d’autre encore, ils y trouvent un intérêt technique. L’auteur a rassemblé une importante iconographie assez rare, classée par périodes de production.
Pages après pages, le lecteur s’initie au langage de la sculpture, ce mode d’expression fait de volumes et de plans. Un bloc de terre à modeler dans lequel les doigts, du bois brut travaillé à l’aide de ciseaux. Avec d’autres outils la pierre est taillée, une feuille de métal plissée en bosses et en creux et d’autres expériences tintées avec d’autres matériaux. À côté des techniques qu’il conquiert au fil du temps, il se forge une manière Zadkine d’aborder la sculpture. Très tôt, il cherche à organiser dans l’espace des figures géométriques simples. S’il traite un personnage ou se rend compte que le volume de la tête est basculé en un prolongement du corps sans cou, jusqu’à disparaître. Tout ce qui peut contrarier la lecture d’une œuvre, par l’emploi d’une forme insolite est supprimé un bras gêne-t-il, il disparaît et peut être remplacé par un dessin gravé. C’est le cas de l’instrument du Torse violoncelle.
Trouve-il un tronc d’arbre dans une scierie, il transforme celui-ci en statue comme A la longue figure. Il utilise alors la technique dite de la taille directe sans passer par une maquette.
Zadkine, comme bien des artistes, a horreur de la guerre. En 1946, il crée La Ville détruite un personnage décharné qui n’a qu’un trou à la place du cœur et dont les bras levés vers le ciel sont désarticulés témoignant d’une extrême souffrance. Zadkine en témoin attentif, traduit les joies et les peines de la société humaine, dans des formes très personnelles qui le mettent à part dans le paysage contemporain.
Les qualités de ce livre, l’intérêt pédagogique qu’il propose nous fait souhaiter une suite. J’espère voir naître une collection, dont Zadkine serait le premier maillon. Nous pourrions y rencontrer Laurens, Calder, Moore, César, Lipchitz et bien d’autres. Ce serait un juste retour des choses pour équilibrer et élargir notre regard.

Robert Lelarge


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