Contribution des Ceméa aux travaux du groupe prévenir la vulnérabilité des jeunes et favoriser leur insertion »

Le 4 décembre dernier, la Ministre des Solidarités et de la Santé et le Délégué Interministeriel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes ont lancé une démarche d’élaboration visant à proposer prochainement une stratégie nationale de lutte contre cette pauvreté.

Dans cette dynamique, les Ceméa et le réseau errance ont été sollicités pour contribuer aux travaux du groupe n°2 : « prévenir la vulnérabilité des jeunes et favoriser leur insertion ».

Jeunes en Insertion
Jeunes en errance

Suite aux retours du réseau errance d’une part et du comité de pilotage TSSM d’autre part, deux contributions ont été rédigées et envoyées.


 CONTRIBUTION AUX TRAVAUX DU GROUPE « PRÉVENIR LA VULNÉRABILITÉ DES JEUNES ET FAVORISER LEUR INSERTION »

Mouvement d’éducation nouvelle et mouvement d’éducation populaire, association reconnue d’utilité publique, les CEMEA interviennent dans de nombreux domaines de l’éducation, des loisirs et de la culture et
particulièrement dans le champ du social et de la santé mentale. Plusieurs associations territoriales des CEMEA (métropole et outre-mer) organisent des actions d’aide et d’accompagnement à l’insertion sociale et professionnelle des jeunes.

Deux catégories de jeunes apparaissent dans ces actions :
- Ceux qui en difficulté temporaire, ont interrompu un parcours social
linéaire, qu’ils souhaitent reprendre. Ils sont prêts à accepter les
règles et les codes implicites de formations à visée professionnelle.
Ceux-là, sous réserve de dispositifs leur permettant d’avoir des
ressources financières s’ils ne sont plus pris en charge par leurs
parents, trouvent leur compte dans les dispositifs pré qualifiants, les
écoles de la deuxième chance, etc.
- Ceux qui sont en rupture d’espoir, qui vivent des sentiments
d’abandon social, qui se sont engagés dans des conduites addictives
et parfois inciviles.

Cette contribution porte plus particulièrement sur ces jeunes les plus en
difficulté.

L’échec relatif du modèle français d’aide à l’insertion
Le modèle français qui veut, depuis le rapport Schwartz, que l’insertion professionnelle entraîne l’insertion et la stabilisation sociale, détermine encore aujourd’hui la plupart des dispositifs de mobilisation. Ainsi la « Garantie Jeune », dont les modalités de mise en oeuvre et de suivi exigent de la part des jeunes accompagnés un respect strict des horaires, une capacité à se comporter en groupe stable, une capacité à accepter les contraintes et les règles, la construction raisonnée de projections d’avenir à plusieurs mois voire à un an et plus… Il en est de même des formations pré qualifiantes. Ces contraintes explicites et implicites, logiques et adaptées quand il s’agit de jeunes en demande d’aide et prêts à se mobiliser, sont radicalement inadaptées à des jeunes en perte d’espoir. Ce qui fait que ces jeunes, ne pouvant accéder à ces dispositifs ou ne pouvant s’y stabiliser, sont sans aucune ressource financière notamment parce que ces jeunes sont sans aides familiales. Les liens avec ces jeunes sont alors difficiles à maintenir, les professionnels qui sont censés les accueillir et les accompagner se trouvent souvent démunis, avec un sentiment souvent d’impuissance, face aux injonctions sociales qui insistent sur l’accompagnement prioritaire vers l’accès à l’emploi ou à un projet d’insertion professionnelle.

Vers une stabilisation sociale avec soutien financier
II apparaît alors qu’avec ces jeunes, il est nécessaire de commencer par des actions de soutien à la (re)mobilisation individuelle et à l’insertion sociale : des actions qui passent par des activités vécues en groupes sous forme de projets, qui permettent d’articuler la capacité à être en groupe et à y agir positivement, la capacité à projeter, le développement de l’estime de soi. Ces actions peuvent s’appuyer sur des découvertes de gestes et de situations professionnelles, sans pour autant s’y donner comme finalité directe la pré-préparation à la mobilisation vers l’emploi. Il s’agit en effet de leur proposer des espaces de sas, leur permettant de reprendre progressivement pied, notamment en recréant des liens avec les autres notamment les adultes.
Il apparaît que ces « stages » doivent être conduits par des professionnels expérimentés de cette jeunesse « en difficulté », puisque les objectifs en sont centralement éducatifs.
Ces stages doivent donner systématiquement accès à des soutiens financiers, permettant une stratégie d’autonomisation de chaque jeune. Installer des procédures actives de citoyenneté dans les formations
Alors que trop souvent la « participation » des jeunes à la conduite des actions de formation est limitée à un processus d’élection-délégation où les représentants élus ont peu de pouvoir, nous pensons que les
« collectifs » réunis dans le cadre d’actions de formation sont à faire vivre comme piliers d’une démocratie directe et permanente, en appui sur les références de la pédagogie institutionnelle.
D’autre part, dans le cadre des propositions collectives de mobilisation individuelle et sociale, l’engagement dans des actions à caractère humanitaire et solidaire peut permettre l’émergence d’une conscience citoyenne

Un nécessaire accompagnement des professionnel.le.s
Si les éducateurs et les éducatrices (au sens large) ont une connaissance assez approfondie des publics en situation de fragilité , nous pouvons cependant régulièrement constater que ces publics très en marge, déroutent, pouvant même développer un sentiment d’impuissance. Afin de renforcer la complémentarité de ces différents professionnels, il apparaît important de proposer
- des temps réguliers de formation continue pour mieux comprendre ce qui se joue pour ces jeunes, associant autant que possible les différentes catégories professionnelles inscrites dans ces parcours
- des temps de partage d’expériences et d’analyse de pratiques Par ailleurs, il est indispensable de renforcer les liens entre les différents professionnels d’un territoire, afin de proposer ainsi une « offre » rassurante et complémentaire aux jeunes. La coordination et l’interconnaissance, tout autant que le travail en réseau (pluri professionnel et pluridisciplinaire), sont des éléments très importants pour renforcer l’accueil et l’accompagnement adapté de ces jeunes, mais aussi pour éviter une solitude parfois importante des professionnels.

 CONTRIBUTION AUX TRAVAUX DU GROUPE « PREVENIR LA VULNERABILITE DES JEUNES ET FAVORISER LEUR INSERTION »

Mouvement d’éducation nouvelle et mouvement d’éducation populaire, association reconnue d’utilité publique, les CEMEA interviennent dans de nombreux domaines de l’éducation, des loisirs et du social.
Par convention avec le ministère des solidarités et de la santé, ils sont chargés de
l’animation du réseau national « Jeunes en errance » qui réunit 270 équipes au travail avec ces jeunes (cf. jeunes-en-errance.cemea.asso.fr).
Cette contribution s’appuie sur les échanges et les travaux de ce réseau, et porte exclusivement sur les jeunes en errance âgés de 16-17 à 25-30 ans.

Les moyens de sécuriser l’insertion sociale et professionnelle des jeunes
et d’améliorer la lutte contre le décrochage scolaire dans le cadre du
parcours d’autonomisation progressive des jeunes et afin de s’assurer que chaque jeune puisse bénéficier d’une solution d’accompagnement adaptée.

- Sécuriser l’insertion sociale et professionnelle
Avec ces jeunes une possible insertion professionnelle est dépendante d’une stabilisation sociale qui est à travailler au préalable par le contact avec des professionnels faisant fonction de balises, de repères dans la vie d’errance. Ceci passe par le maintien et le renforcement des équipes de travail de rue des centres villes (prévention spécialisée, CAARUD), par le développement de structures d’accueil dites « à bas seuil d’exigence », à la fois accueil de jour dédiés et propositions d’hébergement inconditionnel et de longue durée adaptés à chacun.
Ceci peut aussi s’appuyer sur des propositions de « jobs à la journée », TAPAJ et dispositifs de Missions Locales, qui ont pour principal but une primo-mobilisation.
Tous ces dispositifs doivent être accompagnés par des professionnels expérimentés
dans le travail avec les jeunes en grande difficulté.
L’aide à l’insertion professionnelle ne vient que secondairement. Elle doit prendre en compte les dynamiques, les comportements et les représentations sociales des jeunes. C’est un accompagnement éducatif autant qu’un accompagnement à la mobilisation professionnelle. Ces constats expliquent l’échec de la Garantie Jeunes mise en oeuvre par les Missions locales pour ces jeunes : fortes contraintes horaires et temporelles, stéréotypie des parcours, forme scolaire, impossibilité d’interrompre
puis de reprendre…
D’autre part, il apparait que certains jeunes connaissent des troubles psychiques non négligeables liés à leurs histoires de vie, et que ces troubles peuvent être suffisamment invalidants pour envisager une orientation vers des dispositifs
spécialisés dans le cadre de la prise en compte d’un handicap psychique. Mais à ce jour les structures spécialisées du secteur médico-social ne sont absolument pas prêtes à prendre en compte ce nouveau public.

- Améliorer la lutte contre le décrochage scolaire
Des grands mineurs (16-17 ans) sont en errance, certains par l’effet de dynamiques de migration, d’autres par rupture familiale et sociale. L’expérience montre qu’avec ceux qui se situent dans la rupture il peut être adapté d’agir de façon forte, décalée des contraintes des systèmes éducatifs classiques qu’ils rejettent. Alors que la réponse institutionnelle est le placement en MECS ou en famille d’accueil avec maintien de la scolarité, nous pensons qu’une interruption de celle-ci de façon accompagnée n’est pas préjudiciable, au profit de la possibilité d’engager des accompagnements globaux construits sur l’engagement dans des projets partagés, sortes de « séjours de rupture » développés dans la durée.

La question de la solvabilisation des parcours d’insertion visant à prévenir
d’éventuelles difficultés financières

Il est connu que pour des jeunes sans soutien familial, le vide de moyens
d’existence entre la fin de la prise en charge ASE et l’accès au RSA est facteur de vulnérabilité, de marginalisation, parfois de décrochage social complet.
Le principe global de la Garantie Jeunes (pas de jeunes sans proposition de soutien)
est donc à étendre à tous les jeunes sans ressources s’engageant dans une relation éducative soutenant une dynamique d’insertion : participation aux activités d’un accueil de jour, mobilisation sociale pour une stabilisation d’hébergement, démarche de substitution des opiacés…

La prévention des ruptures de vie des jeunes, en particulier pour les
jeunes sortant des dispositifs de protection de l’enfance

La rupture à la sortie des dispositifs de protection est le résultat de ruptures
préalables. Les jeunes en errance passés par l’ASE ont vécu de nombreux
placements, tous interrompus, avec des sentiments d’échec et d’abandon qui viennent alors renforcer leurs troubles psychiques et comportementaux construits pour partie sur des dynamiques abandonniques. Eviter la rupture à la sortie passe donc par éviter les ruptures successives durant toute la durée des placements en mettant en place des formes d’accompagnement adaptées.
Cela passe également par un apprentissage des gestes et des comportements
d’une vie autonome à engager durant les dernières années de placement :
responsabilité d’un budget, alimentation, entretien du lieu de vie…
Les Contrats Jeunes Majeurs, en régression massive dans la plupart des
départements, ne profitent là où il en subsiste qu’aux jeunes les plus engagés dans une insertion sociale et professionnelle active. Pourtant, on peut penser que ce sont aussi les jeunes les plus en difficulté qui devraient pouvoir bénéficier d’une proposition de prolongation d’accompagnement sous des formes souples à inventer avec eux.

Les moyens de faire des jeunes des acteurs des politiques qui leurs sont
destinés et de valoriser leur engagement

Concernant les jeunes en errance, une première étape consiste à les associer
collectivement aux fonctionnements des structures et des dispositifs qui les
accueillent et les prennent en charge. Les exigences de la loi 2002-2 sont à investir
de façon dynamique et à dépasser au profit de dispositifs institutionnels de
cogestion.
D’autre part, dans le cadre de programmes de mobilisation personnelle et sociale, l’engagement dans des actions à caractère humanitaire et solidaire peut permettre de soutenir des revalorisations narcissiques.


08/02/2018




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