Réf. LIVPOLITCI
Pour une politique citoyenne de santé mentale

Forum des 9 et 10 octobre 2001


Livre publié suite au forum des 9 et 10 octobre 2001
Réflexions, orientations et témoignages, sous la direction de Hélène Cornière et Jacques Ladsous
Le Scribinaire éditions, 190 pages, 2002.


Une définition de la santé mentale ne se réduit ni à la question que pose aux pouvoirs publics la question de la folie, ni au traitement de troubles psychopathologiques par des professionnels de la psychiatrie, ni davantage à une souffrance morale explicite prise en compte par les professionnels du champ social. Ces différentes approches ne recouvrent que très partiellement le MAL-ÊTRE des populations.
Il n’y a pas de définition usuelle du MAL-ÊTRE. Tout au plus trouve-t-on dans le dictionnaire courant celle du BIEN- ÊTRE qui a un double sens. Celui d’une « disposition agréable du corps et de l’esprit » mais aussi celui d’une « situation financière qui permet de satisfaire les besoins essentiels ». À prendre le contre-pied de cette définition, on voit bien que le MAL-ÊTRE a une double dimension intérieure et économique. Nous sommes bien obligés de reconnaître que nous ne parvenons pas à traiter ces deux aspects de façon simultanée.

TEXTE D’APPEL
Texte de Pierre Benghozi, Roland Broca, Hélène Cornière, Vincent Daussy, Marcel Jaeger, Jacques Ladsous, Annie-France Le Pape, Pierre Sadoul et Jacques Simonnet, Janvier 2001.

La définition de la Santé mentale ne se réduit ni à la question que pose aux Pouvoirs Publics la gestion de la folie, ni aux traitements de troubles psychopathologiques par des professionnels de la psychiatrie, ni davantage à une souffrance morale explicite prise en compte par les professionnels du champ social : assistante sociale, éducateur, infirmier, médecin généraliste, gynécologue, psychothérapeute, psychanalyste... Ces différentes approches ne recouvrent que très partiellement le mal-être des populations.

Le concept du mal-être
Il n’y a pas de définition usuelle du mal-être. Tout au plus trouve-t-on dans le dictionnaire courant celle du bien-être qui a un double sens : celui d’une « disposition agréable du corps et de l’esprit », mais aussi celui d’une « situation financière qui permet de satisfaire les besoins essentiels ». À prendre le contre-pied de cette définition, on voit donc bien que le mal-être a une double dimension : intérieure et économique. Nous sommes bien obligés de reconnaître que nous ne parvenons pas à traiter ces deux aspects de façon simultanée. Ainsi tente-t-on ici de « psychiatriser » la misère, faute d’autres perspectives. Là, au contraire, attribue-t-on des secours financiers, certes nécessaires, mais en passant à côté de difficultés d’une autre nature dont la prise en charge permettrait précisément aux intéressés de retrouver un équilibre.

On comprend donc l’impérieuse nécessité d’articuler le social et le matériel à la fois pour poser le diagnostic partagé des situations et définir ensemble une action.

Relations entre travail social et psychiatrie
À première vue, les relations entre le travail social et la psychiatrie de service public sont de nature très diverse, selon les endroits, et selon les personnalités des interlocuteurs : indifférence mutuelle dans certains cas, mépris, voire agressivité réciproque dans d’autres, mais de plus en plus, recherche de synergies, et efforts pour travailler ensemble.
L’actualité de la psychiatrie publique est faite d’une baisse spectaculaire du nombre de lits d’hospitalisation, et du basculement d’un nombre croissant de « patients » vers des structures sociales et médico-sociales, que ce soit pour des projets d’insertion, ou pour des prises en charges plus adaptées et souvent moins coûteuses que l’hôpital (maisons d’accueil spécialisées, foyers... ) on peut comprendre que les professionnels de la psychiatrie y voient une dissolution administrative de la maladie mentale dans le handicap, qu’ils vivent ce changement sur le mode de la perte. À l’inverse du côté du secteur social, on a vu se développer la crainte des effets non maîtrisables d’une immigration institutionnelle des malades mentaux, des intrusions du monde hospitalier, et ceci d’autant que la psychiatrie a une mauvaise image de marque.

Vers une approche nouvelle...
Le manque de cohérence entre le social et le médical fait apparaître une frange de populations errante, composée « d’accidentés de la vie » qu’aucun dispositif de santé mentale n’appréhende dans sa singularité, et qui n’arrête pas de tourner dans le manège des circuits assistantiels : foyers, lieux de vie, prisons, hôpitaux... (syndrome de la porte tournante). Ce phénomène désespère les professionnels impliqués, mais impuissants. C’est pourquoi de nouveaux outils conceptuels sont nécessaires qui réunissent dans une nouvelle approche institutionnelle le médical, le psychologique et le social.
Contrairement à l’idée qui fonde l’ensemble de notre dispositif de protection sociale, il faut faire le deuil des supposées populations-cibles. D’abord parce que les mouvements des personnes en difficulté s’accélèrent entre les institutions, voire dans leurs marges. Ensuite, parce que les profils « cliniques » sont polymorphes : des indications et des balancements entre des difficultés familiales, sociales, et économiques, des perturbations psychologiques qui relèvent parfois de la psychiatrie, des déficiences diverses aussi bien physiques que mentales.

Une politique citoyenne de santé mentale...
Une véritable politique citoyenne de santé mentale consiste par conséquent à promouvoir de façon large une prise en compte du mal-être des personnes, tant au niveau de l’individu que de la famille et du groupe social. Une politique de santé mentale ainsi conçue suppose d’associer aux professionnels du champ sanitaire le secteur social et médico-social, les réseaux ville-hôpital, en fonction de problématiques spécifiques (par exemple prévention et traitement des conduites de violence privée) et le tissu associatif.
L’éventail des problèmes justifie bien sûr que praticiens et professionnels du social créent ensemble les conditions permettant de traiter le mal-être à travers des structures qui n’appartiennent ni au médical, ni au social. Peut-être est-ce cela qu’on appelle l’innovation sociale. Dans ce cadre se pose bien évidemment la question d’autres liens pertinents entre le médical et le social. Ils impliquent une construction collective susceptible d’ouvrir le champ des possibles.

Des conventions particulières...
Le phénomène le plus intéressant est le mouvement de fond qui traverse toutes les structures, à savoir la recherche de partenariats formalisés par des conventions, de mises en réseau entre des équipes de secteur psychiatrique et des institutions sociales (CHRS notamment) et médicosociales (IME, CAT, Foyers, MAS...). Certes, l’évolution des pratiques ne se résume pas à la signature de conventions. Le travail en réseau suppose que les différents professionnels de chacune des filières (infirmiers, médecins, psychologues, éducateurs spécialisés, assistants de service social, enseignants...) se connaissent, apprennent à travailler ensemble, coordonnent leur action autour de projets communs. S’il faut un cadre réglementaire pour pérenniser les collaborations et dépasser les seules empathies entre intervenants, il importe surtout que soit pensée la coordination des actions, que les niveaux de travail en commun soient parlés et sans cesse interrogés, que la rencontre soit aussi celle de cultures différentes, et donc que des formations transversales soient mises en place.

...à l’innovation sociale
Pour y parvenir, il faut maintenant inventer, à partir de nouvelles stratégies sociales de nouvelles logiques institutionnelles permettant d’articuler les champs du sanitaire, du juridique et du social, et ainsi de traiter le mal-être par l’innovation sociale. L’affaire n’est pas simple et tout cela ne peut se faire sans une éthique personnelle et professionnelle forte des intervenants, quelle que soit leur planète.




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  • Jacques Ladsous

  • 18/09/2006
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