Une question pour les municipales : l’education artistique

Cette question ne défraie pas encore la chronique, mais elle risque de surgir dans l’actualité culturelle des mois à venir…

La loi du 13 août 2004, relative aux libertés et responsabilités locales – décentralisation acte II – implique une réorganisation des enseignements spécialisés en musique, danse et art dramatique. Elle institue un transfert de compétences de l’Etat vers les régions et les départements, avec les transferts de crédits correspondants. Cette loi définit aussi de nouvelles normes ayant pour objectif d’harmoniser et de rendre cohérent le dispositif d’enseignement artistique de la formation initiale à la formation professionnelle, de l’initiation au haut niveau…
Des schémas départementaux et régionaux de développement des enseignements artistiques en musique, danse et arts dramatiques ont été élaborés ou sont en cours d’élaboration. Ils permettent de visualiser le paysage actuel et de s’imaginer quel pourrait être ce paysage dans les années qui viennent.

Notons d’emblée que les arts plastiques ne sont pas concernés, ce qui pose tout de même question. Cela va renforcer la force ou la faiblesse de la prise en compte de ce domaine.
L’éducation nationale reste étrangère à cette démarche. L’éducation artistique reste marginale et une éventuelle mise en cohérence des dispositifs d’enseignement dépendant de chaque ministère reste à imaginer.

Ce qui existe aujourd’hui est largement supporté par les collectivités locales et singulièrement par les communes. C’est à la fois le résultat de rapports de forces locaux et de volontés politiques évidemment différents d’un territoire à l’autre et d’un domaine à l’autre. Très globalement, l’enseignement de la musique est largement répandu, mais avec des inégalités énormes de niveau et de prise en compte de la diversité des esthétiques (place des musiques actuelles, des musiques traditionnelles…). L’enseignement de la danse est loin d’être présent partout, quant à l’art dramatique, sa place dans le réseau d’enseignement existant semble bien mince… Dans de nombreux cas, c’est l’initiative privée associative, voire commerciale, qui pallie à l’insuffisance d’un service public de l’enseignement artistique. Avec ou sans le soutien des collectivités locales, un fragile maillage du territoire s’est constitué dans lequel les associations et les mouvements d’éducation populaire ont joué et jouent un rôle important. .
Le paysage actuel est donc très contrasté. Il n’y a pas aujourd’hui d’égalité d’accès à l’enseignement artistique, il n’y a pas de cohérence nationale de ce point de vue et une grande partie de l’existant est très fragile, caractérisé par la précarité des structures et des financements qui les soutiennent, fragilité aggravée par les réductions successives des subventions et celles qui s’annoncent aujourd’hui.

Les transformations en cours vont sans doute aggraver cette situation. De nombreuses collectivités locales éprouvaient déjà des difficultés à faire face au développement des charges inhérentes au fonctionnement de leurs écoles et conservatoires qui ne permettaient pourtant pas de faire face à l’ensemble des besoins. L’augmentation des exigences portant sur les normes et les champs à couvrir risque de provoquer des tensions insupportables pour le budget de nombreuses collectivités locales. Ces tensions vont aussi concerner le soutien aux initiatives « privées » associatives ou culturelles qui vont se trouver de fait mises en concurrence dans la recherche de ressources susceptibles de leur permettre de continuer à exister. Dans ces conditions, le risque est grand de déboucher sur une aggravation des inégalités territoriales et au bout du compte sociales d’accès à l’éducation artistique. Il n’y avait pas de dispositif national d’éducation artistique. Il y en aura encore moins demain.

Il est urgent de poser ces questions à tous les niveaux de territoire. Il est important de préserver ce qui existe, de tout faire pour que les collectivités locales qui se sont investies dans ces domaines puissent continuer à le faire, mais aussi de se mobiliser pour qu’ils soient demain présents partout. Tour comme il faut soutenir les projets de cinémas indépendants soutenus par des fonds public, qui se trouvent attaqués pour concurrence déloyale par les grands trusts de diffusion cinématographiques.

Sans réaction large et solidaire de l’ensemble des acteurs, la question de l’éducation artistique – comme d’ailleurs l’ensemble de la question culturelle et de l’accès à la culture et à l’art – risque de se poser dans une contradiction de plus en plus forte entre le luxe et la performance à un bout du marché (ce qui ne signifie pas qualité, rien ne prouvant que la demande solvable se rapproche naturellement d’une offre de qualité…) et la « mal-culture » à l’autre bout : les productions commerciales standardisées et dont le seul objectif est de faire le maximum de profit au moindre coût… Tout cela se traduira par un coup d’arrêt au développement de la culture, de sa diffusion, de sa création au détriment évidemment de ses formes les plus « populaires » et les plus démocratiques…

Un des mérites de cette situation pourrait être de pousser l’ensemble des acteurs – élus, enseignants, artistes, professionnels de la culture, responsables associatifs - à réfléchir ensemble, à dialoguer et à imaginer des solutions nouvelles à la hauteur des enjeux. Encore faudrait-il que l’illusion de sauver chacun sa petite entreprise ne l’emporte pas…

André Falcucci
article paru dans la revue Vers l’Education Nouvelle de janvier 2008


18/12/2007
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