21/03/2016
Entretien d’Anne Sabatini, responsable nationale du secteur Ecole des Ceméa

Observatoire PoLoc et de la réussite éducative


Propos recueillis par Anne Francou (mars 2016)

Les Ceméa se réclament de l’ « éducation nouvelle ». Que recouvre ce terme ? Anne Sabatini : Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’éducation nouvelle n’est pas si nouvelle que ça... puisqu’elle date de plus d’un siècle ! L’objectif essentiel des méthodes d’éducation active, prônées par l’éducation nouvelle est de rendre l’apprenant acteur de ses apprentissages. L’idée centrale est que l’activité, l’agir, permettent l’apprentissage. Ces méthodes pédagogiques ont été théorisées dès le début du 20ème siècle dans plusieurs pays du monde par des pédagogues très connus comme Freinet, Montessori, Cousinet, Ferrière, etc. Au sein des Ceméa, on considère qu’il existe quatre piliers fondamentaux dans la démarche : l’individu - le collectif - les activités - l’environnement, les quatre étant fortement liés. J’ajouterais que les croisements de démarches comme la psychothérapie institutionnelle et la pédagogie institutionnelle ont aussi aidé à mieux penser la transmission des savoirs. Tout ceci contribue à alimenter la réflexion autour de l’éducation nouvelle. Comment est organisé le secteur École dont vous avez la responsabilité ? Anne Sabatini : Le secteur École est l’un des trois secteurs des Ceméa, les deux autres étant l’Animation et le Travail social - Santé Mentale. L’association nationale est la tête de réseau, le réseau étant lui-même composé de 28 associations territoriales (y compris en outre-mer), avec une association territoriale par région (en cours de redéfinition en raison de la nouvelle carte des régions). Au niveau national, nous sommes deux personnes à temps plein, détachées de l’éducation nationale (j’étais moi-même enseignante d’espagnol), dont les missions consistent à porter la vision d’une éducation globale et ce que cela implique à un niveau institutionnel, tout en animant notre réseau pour que cette même vision vive dans les différentes formations et les différentes actions mises en place.

Quel est le positionnement des Ceméa par rapport à l’institution scolaire ? Anne Sabatini : Les Ceméa sont une association complémentaire de l’école, au même titre que la Ligue de l’enseignement et les Francas. Nous avons signé une convention pluri-annuelle d’objectifs. Concernant le champ scolaire, nous apportons une complémentarité sur certaines thématiques telles que la citoyenneté, le vivre ensemble, la médiation par les pairs, etc. Nous pouvons intervenir directement auprès des jeunes, mais nous faisons davantage de formations auprès des adultes (dont les personnels de l’éducation nationale) qui eux-mêmes sont dans le face-à-face avec les élèves. Par exemple, quand nous intervenons dans un établissement sur la formation des délégué(e)s, nous nous adressons à la fois aux élèves et aux adultes, qui par leur connaissance de l’environnement seront plus à même d’assurer la transmission.

Quel type de formations proposez-vous ?

Anne Sabatini : La formation nous semble l’outil privilégié pour faire partager et vivre les valeurs et les principes de l’Éducation Nouvelle. De ce fait, les Ceméa offrent une diversité de stages ancrés dans les réalités quotidiennes de l’éducation : cela peut aller de la dynamique et la gestion de groupe à l’heure de vie de classe (dans les établissements du second degré), comme de l’accompagnement à l’éducation artistique et culturelle aux relations filles/garçons... Bien entendu, nous proposons également des formations en lien direct avec le périscolaire, les TAP, les NAP (1). Là encore, nous n’intervenons pas face aux enfants, aux jeunes mais nous formons des animateurs et animatrices à la gestion et à l’encadrement de ces temps-là. De plus, toutes les questions qui touchent aux publics en difficulté nous préoccupent particulièrement. Par exemple, le décrochage scolaire qui nous mobilise fortement. Des animateurs Ceméa interviennent dans des ateliers relais (2), mais aussi des enseignant(e)s militant(e)s aux Ceméa sont eux et elles-mêmes impliqué(e)s dans des actions de prévention sur cette question.

Quel regard portez-vous sur la réforme des rythmes scolaires ? constitue-t-elle une avancée ?

Anne Sabatini : Au sein du collectif Cape (3) dont nous faisons partie, nous avons soutenu la Refondation de l’école, et nous continuons à le faire. Concernant la réforme des rythmes, il nous semblait très important de revenir à une cinquième demi-journée dans l’emploi du temps des jeunes, la coupure du mercredi n’étant pas bonne pour le rythme de l’enfant (cf. les travaux des chronobiologistes). Il nous semble important aussi de pouvoir impulser plus de cohérence dans les différents temps. L’arrivée des projets éducatifs de territoire est allée dans le bon sens, même si leur mise en œuvre est complexe... On touche là à des changements de posture professionnelle qui nécessitent une connaissance et une reconnaissance des différents professionnels entre eux. Je pense qu’il faut du temps et des espaces physiques pour que les différents acteurs et actrices puissent échanger, croiser leurs regards et leurs convictions.

La réforme des rythmes est donc une avancée qui n’est cependant pas suffisante ?

Anne Sabatini : Prendre mathématiquement des heures et les mettre ailleurs n’est pas en soi une avancée... il faut aller plus loin ! Par contre, qu’il y ait de la continuité tout au long de la semaine pour l’enfant est positif. Il nous faut repenser complètement l’organisation au sein de l’école : comment s’enchaînent les différents moments du scolaire et du périscolaire ? Quelle organisation sur l’ensemble de l’année scolaire ? On est souvent déçu par ce qui a été mis en place. Il faut aller vers une plus forte prise en compte des besoins de l’enfant, en tenant compte de tous les temps. Par exemple, on sait que la pause méridienne est fondamentale, pourtant il n’y a pas toujours eu de réflexion pour accompagner la mise en place de la réforme des rythmes là dessus. Et cela peut s’avérer contre-productif... Souvent on constate que le scolaire est trop central, qu’ il y a une hiérarchie entre les différents temps, ce qui regrettable. Sans parler de la non prise en compte des temps familiaux...

De quelle manière les Ceméa ont-ils investi les Projets éducatifs de territoire ?

Anne Sabatini : Nous sommes intervenu(e)s à des niveaux différents suivants les territoires : du diagnostic à l’accompagnement à l’élaboration de certains Pedt. Mais, c’est surtout en terme de formation auprès d’élu(e)s, de personnels municipaux, de coordonateur/trice(s) de dispositif, de personnels de l’éducation nationale que nous avons été interpellé(e)s. Ces formations sont conçues pour des acteur/trice(s) provenant de différents horizons, afin qu’ils puissent se rencontrer, partager leurs projets éducatifs et réfléchir ensemble à améliorer leur cohérence. On a pu se sentir de vrais partenaires des politiques éducatives à certains endroits !

Quelles sont les perspectives ?

Anne Sabatini : Il faut rester optimiste car, pour que les réformes aboutissent, il faut du temps ! Mais il est fondamental de poser la question de la pédagogie. Donner accès à des activités à tous les enfants est une chose, construire les complémentarités pour renforcer les dynamiques d’apprentissage entre l’espace scolaire et les espaces péri-scolaires en est une autre. On a peut-être raté cette étape-là, mais il est encore temps de faire bouger les choses. Selon moi, on en est encore à la phase d’élaboration. Le manque de qualité constaté de certains Pedt est l’occasion justement de les retravailler. Les Espé sont aussi l’espace où les choses peuvent évoluer, même si je vois leurs limites, bien entendu. Mais pourquoi pas imaginer, par exemple que pourraient s’y côtoyer des acteurs et actrices éducatifs de cultures professionnelles différentes sur des temps de formation communs parce qu’ils et elles seront amené(e)s à travailler avec les mêmes publics ? Personnellement, je veux rester optimiste car si tout n’est pas parfait, des mesures symboliques ont été actées qu’il nous faut traduire concrètement sur les terrains et ça, cela prend du temps !

Propos recueillis par Anne Francou (mars 2016)




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