Marchandisation du social, une nouvelle étape franchie par « mes-allocs.fr »

En 2017, Jacques Toubon, Défenseur des droits demandait à ce que « les services publics offrent une alternative humaine à la numérisation des démarches administratives ».
Conjuguée à l’affaiblissement constant des services publics, la dématérialisation de ces derniers a effectivement pour effet d’augmenter fortement le non recours à ces droits par les personnes éligibles.

En ce début d’année, le même Jacques Toubon insistait : « il y va de l’intérêt de l’État de mettre en œuvre ces mesures sous peine de voir les sites gouvernementaux concurrencés par des sites commerciaux »1.

Face à ce contexte peu aidant pour les personnes les plus fragiles (personnes âgées seules, jeunes sans emploi, personnes en fragilité psychique, etc.), le monde du business, encouragé par une évolution de la société mettant en avant toujours plus l’individualisme au détriment des accompagnements et soutiens collectifs, se saisit de cette occasion de monétiser des services d’intérêt général (développement de crèches privées, Ehpad à buts lucratifs,etc.) à grands recours d’une communication se drapant dans les habits de la solidarité.

Le cas de « mes-allocs.fr » est à ce titre éloquent et assez stupéfiant. Cette entreprise « digitale » (en français on dit numérique, mais « digital » est bien plus tendance) a pour slogan : « 1er assistant social en ligne ». A grands coups de clichés commerciaux (jeune femme souriante et dynamique devant son écran, affichage sans vergogne de logos officiels (CAF, Pôle emploi…), vocabulaire des startup en mode (« innovation, experts, génération Y... »), elle se propose « d’aider » ceux ou celles qui le souhaitent à recouvrer l’ensemble de leurs droits sociaux. C’est très simple, 3 étapes vous calculez gratuitement le montant de vos « allocs », un expert s’occupe de tout pour vous, vous recevez l’argent sur votre compte ! La simulation est gratuite affiche la plateforme, mais… plus bas, nous apprenons que l’accompagnement est payant, 9 % des sommes mensuelles perçues !

Les Ceméa dénoncent aujourd’hui cette volonté cynique (sous couvert d’aide et de soutien) de faire du profit sur le dos des plus pauvres. Il est aujourd’hui urgent et indispensable que les pouvoirs publics ouvrent les yeux et reprennent toute leur place pour (re)construire un service public de l’action sociale et de l’insertion, commun, gratuit et accessible à tous et toutes.

Il est urgent de :
• renforcer la présence des services publics sur tous les territoires et notamment les quartiers prioritaires,
• favoriser l’accès aux droits de chacun.e, notamment en accompagnant la transition numérique (accompagnement et lutte contre l’illectronisme),
• soutenir l’action des associations qui œuvrent au quotidien et de manière désintéressée, dans les territoires, pour accompagner les plus fragiles.

Rappelons enfin l’existence du site https://mes-aides.gouv.fr , site public et gratuit.

Contact : David Ryboloviecz, Responsable national secteur social, Ceméa, david.ryboloviecz cemea.asso.fr

1-https://www.archimag.com/demat-cloud/2019/01/17/e-administration-jacques-toubon-met-garde-contre-tout-d%C3%A9mat%C3%A9rialisation


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